Une première critique : celle du journal Le Monde

Le Monde fait une excellente critique du film sous le titre « Da Vinci Code » : une quête du Graal qui ne rapporte guère

« Da Vinci Code » : une quête du Graal qui ne rapporte guère

LE MONDE | 17.05.06 | 15h38

Au moment de la soirée diapo chez le professeur Teabing (on est environ au tiers du film), l’affaire se gâte : jusqu’ici Da Vinci Code a trotté allégrement. On (les quelques millions de lecteurs du roman) se souvient que le conservateur du Louvre a été assassiné au début et qu’il a disposé pendant son agonie d’assez de temps et de présence d’esprit pour semer des indices dans la grande galerie du Louvre, indices destinés à sa petite-fille, Sophie Neveu (Audrey Tautou), cryptologue à la police judiciaire, et au professeur d’histoire des symboles de l’université Harvard Robert Langdon (Tom Hanks).

En ce début de film, l’intrigue du roman est resserrée, et la chasse que lance le commissaire Bezu Fache (c’est Jean Reno qui doit assumer cet état civil malheureux) raisonnablement trépidante. Il n’est pas jusqu’aux énormes invraisemblances empruntées au roman qui ne prennent un tour plaisant, comme l’insigne de l’Opus Dei qu’arbore Bezu Fache, fonctionnaire de la République.

Malheureusement, après un détour par la rue Haxo, déplacée pour la circonstance dans les beaux quartiers, les fugitifs se réfugient dans le manoir d’un expert en Saint-Graal. Le professeur Teabing entreprend une rapide mise à niveau dans sa matière favorite. Teabing a beau être incarné par Ian McKellen et celui-ci a beau être un immense acteur, prêt à extraire la moindre goutte d’humour ou de fantaisie du plus abstrait des rôles, au fil de ses explications, qui comprennent une démonstration illustrée à l’aide de vues transparentes de la Cène, on se sent néanmoins gagné par une espèce de torpeur. Certains croyants seront peut-être au contraire scandalisés par les théories du professeur. Mais il semble que la réaction naturelle à ce genre de discours soit celle de Tom Hanks : pendant presque tout le film, le regard de la vedette hollywoodienne est presque vitreux, comme s’il n’était pas bien sûr des raisons qui l’ont amené là, une sensation très communicative.

JÉSUS-CHRIST ET DAGOBERT

Audrey Tautou ne peut partager cette attitude. Son personnage apprend bientôt qu’elle descend à la fois de Jésus-Christ et du roi Dagobert, on serait agité à moins. A moins que son impatience ne soit due aux nouvelles leçons du professeur Teabing, souvent relayé par son confrère Langdon. Ces leçons d’histoire sont illustrées par des vues historiques animées (la prise de Jérusalem par les croisés en deux plans d’images de synthèse, par exemple) qui évoquent les manuels d’histoire d’antan.

L’ambiance est donc studieuse. Ce didactisme a sans doute contribué au succès du roman, donnant aux lecteurs la sensation de s’instruire tout en se distrayant. Le cinéma obéit à des règles différentes, et la sensation ici est de s’être trompé de porte, d’être entré dans la salle de conférences d’une secte étrange (mais pas bien inquiétante) au lieu d’avoir poussé la porte du cinéma.

Film américain de Ron Howard avec Tom Hanks, Audrey Tautou, Jean Reno et Ian McKellen. (2 h 30.) Sortie le 17 mai.

Thomas Sotinel

Article paru dans l’édition du 18.05.06

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