Mgr di Falco : « il n’y a pas de quoi fouetter un chat ! »

Mgr Jean-Michel di Falco-Léandri est évêque de Gap et Président du Conseil pour la Communication à la Conférence des évêques de France. Présent au Festival de Cannes depuis 1983, il a assisté hier soir à la présentation du Da Vinci Code en ouverture du Festival. Il nous donne ses impressions quelques minutes avant sa conférence de presse.

DVB : Hier soir, quelle était l’ambiance dans la salle ?

Mgr Jean-Michel di Falco : Cela a été assez silencieux, sinon quelques rires vers la fin. Je peux vous dire aussi que l’accueil a été assez sobre en comparaison à d’autres films très attendus.

Est-ce que le film vous a plu ?

Il y a beaucoup de longueurs, quelques moments captent l’attention mais sur l’ensemble je le trouve très bavard.

Aviez-vous lu le livre avant de voir le film ?

Oui.

Trouvez-vous le film fidèle au roman ?

Oui, je le trouve assez fidèle.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans le film ?

Pas grand-chose, à vrai dire… La seule chose qui me dérange beaucoup – je l’ai dit plusieurs fois – c’est de présenter une œuvre catholique, en l’occurrence l’Opus Dei, comme une sorte de maffia et d’officine du crime : c’est à la fois injuste et insultant pour l’Opus Dei. Quant au reste, vous savez, lorsque les ficelles sont trop grosses, cela perd toute crédibilité. J’ai eu beaucoup de discussions hier soir avec un certain nombre de gens qui ont vu le film, de tous bords : chrétiens, non-chrétiens, d’autres religions : c’est vraiment unanime, les ficelles sont tellement grosses que le film en est décrédibilisé. Quand on dit à Audrey Tautou qu’elle est la descendante du Christ et lorsque qu’elle essaie de marcher sur l’eau, je crois que cela montre bien que même ceux qui ont fait le film ne croient pas beaucoup aux thèses qu’ils ont essayé de démontrer.

Tom Hanks a pourtant dit qu’il ne fallait pas prendre le film au sérieux…

Tous le disent, j’ai regardé plusieurs interviews sur la télévision interne du Festival, tous insistent en disant « c’est de la fiction ». Or finalement, sur fond de religion et d’Eglise catholique, l’auteur du Da Vinci Code a fait un amalgame entre du vrai et du faux. Dès qu’on parle du Vatican cela fait naître beaucoup de fantasmes parce que l’on s’imagine que nous avons beaucoup de choses à cacher ! Dan Brown a bien exploité ce filon. Si cela a bien marché pour le livre, il faudra voir ce que cela donne pour le film. On me disait hier soir au niveau des entrées qu’ils étaient très satisfaits de la journée d’hier, mais le bouche à oreille va jouer et nous allons voir si cela va inciter les gens à y aller ou s’ils vont se dire « finalement ça ne vaut pas le coup ! ». Ce n’est que la deuxième semaine qu’on pourra apprécier l’impact.

Croyez-vous qu’il y a vraiment une volonté d’attaquer l’Eglise à travers l’Opus Dei ?

Personnellement je n’y crois pas. Si vraiment il y avait cette volonté, ils auraient fait quelque chose de plus sérieux, alors que là, vraiment tout le monde riait à la sortie du film.

Comment avez-vous trouvé le jeu des acteurs ?

On ne peut pas dire que cela soit d’une grande performance. Ce sont de bons acteurs mais l’interprétation n’était pas particulièrement difficile. Hier dans la salle, Tom Hanks m’a repéré – je suis en clergyman donc on me repère facilement ! – et il est venu vers moi pour me dire « ça ce serait bien qu’après le film on puisse parler, je voudrais avoir votre avis… ». J’ai senti une sorte de petite inquiétude, qui était à mon avis motivée par un certain nombre de réactions qui ont eu lieu avant la sortie du film. Je crois qu’on aurait mieux fait d’attendre, certaines déclarations n’avaient pas lieu d’être avant d’avoir vu le film… Au fond, il n’y a vraiment pas de quoi s’inquiéter, en vingt siècles l’Eglise en a vu d’autres !

Mais le « moine » de l’Opus Dei est quand même assez terrible…

Là aussi, c’est tellement énorme : on se dit « c’est un fou, il a l’air complètement déséquilibré, drogué, etc. »… les ficelles sont trop grosses !

Ne croyez-vous pas que certains vont y croire ?

C’est possible mais pour ceux qui ont une foi suffisamment enracinée dans le Christ et l’Evangile, je ne vois pas en quoi une histoire comme celle-là peut les troubler. Je pense que même pour des personnes qui sont en recherche ou qui doutent, cela n’aura pas d’impact particulier. Ce matin LCI m’a demandé si je trouvais ce film blasphématoire, j’ai répondu que je le qualifiais surtout de rocambolesque. Il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat !

Conseillez-vous aux lecteurs du Da Vinci Blog d’aller voir le film ?

Je ne conseille ni ne déconseille, il faut être libre ! Mais à partir du moment où un film crée un tel engouement, si nous, en temps que chrétiens, on veut pouvoir répondre aux questions que l’on va nous poser, suivant les responsabilités que l’on a, alors il vaut mieux aller le voir, même si cela va dans leur poche. Un autre journaliste m’a demandé : « faudrait-il interdire le film aux adolescents ? »…. non bien sûr ! Les adolescents qui iront le voir seront déçus parce qu’il n’y a pas assez d’action pour eux, mais on peut y aller en groupe et en discuter ensuite avec les parents et les éducateurs.

Le mot de la fin ?

Nous avons rien à craindre de ce film.

7 thoughts on “Mgr di Falco : « il n’y a pas de quoi fouetter un chat ! »

  1. La place de cinéma c’est comme un bulletin de vote ! Les producteurs regarderont le nombre d’entrées et ils feront leurs calculs; alors pourquoi aller voir le film ? Iriez-vous voir un film qui dirait que votre mère vous a menti pu que votre père a couché ? Non !

  2. le film Secrets de famille avec Rowan Atkinson, Kristin Scott Thomas et sans doute bien plus drôle et attendrissant; on y traite d’amour et d’humour de Dieu même si la caricature est présente et que le "tu ne tueras point n’est pas résolu". Laissons les inepties du cilice pour retrouver le vrai Calice ! 🙂

  3. Enfin une réponse précise et intelligente.
    Merci, Monseigneur, de nous donner de quoi dialoguer à l’occasion de cette sortie de film avec notre entourage et en particulier avec ceux qui n’ont pas la Foi.
    L’Eglise en sort grandie lorsqu’elle s’ouvre sans crainte et communique positivement.
    Françoise de Portzamparc Williamson

  4. Pour ma part j’ai passé un assez bon moment à regarder un film distrayant; le public (jeune) était,assez content. Je ne comprends par pourquoi les catholiques font un tel "cinéma" pour un film de pur divertissement sans prétention, bien fait avec de bons acteurs. Ce film sera très apprécié aux USA dans la mesure ou il présente la France d’une manière assez conventionnelle ; les flics sont tels que les américains se l’imaginent ; les cardinaux sont montrés comme dans tous les livres sur le Vatican. e précise que mis à part quelques évangélistes extrémiste aucune dénomination chrétienne n’a fait de déclaration sur ce film qui ne oncerne que l’Eglise romaine et l’Opus dei (mouvement tristement célèbre fondé sous le franquisme faut-il le rappeler).
    On pourrait résumer toute cette polémique assez affligeant par la formule célèbre "Much ado for nothing".

  5. Les cardinaux sont peut-être montrés comme dans tous les livres sur le Vatican si vous parlez de leur tenue, mais concernant leur fond, sachez qu’ils sont beaucoup plus sympas qu’on ne pense !! Concernant l’Opus Dei je vous recommande vivement la lecture de l’enquête du journaliste Patrice de Plunkett intitulée « Opus Dei, l’enquête sur le « monstre » » (lire ici), vous serez aussi bien étonné ! Au reste je suis assez d’accord avec vous, le Da Vinci Code, avec ses inepsies, est tout à fait « much ado about nothing ». A tel point qu’une bonne partie de mes amis ne s’y intéressent même pas !

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