L’origine du « Saint Graal »

Par John Gehrings, traduit de l’anglais par G. B.

Source de légendes énigmatiques, quêtes aventureuses et spéculations tenaces, le Saint Graal a été mis en concurrence par plusieurs mythes liés à son pouvoir de l’intrigue.

Où l’idée des origines d’un Saint Graal a longtemps été le sujet de débats et théories variées. Beaucoup d’érudits pensent que la notion d’un graal empreint de qualités magiques vient d’une légende païenne Celtique qui racontait qu’un chaudron d’abondance, ou une vaisselle, était source de nourriture et régénérescence éternelles. Joseph Goering, professeur d’histoire à l’Université de Toronto et auteur de « La Vierge et le Graal », pense qu’au XIIème siècle, les peintures trouvées dans huit églises différentes dans les montagnes des Pyrénées, en France et en Espagne, dépeignaient la Vierge Marie tenant une vaisselle irradiante, qui pouvait être nommée « graal » dans le dialecte local.

Alors que les opinions varient quant à l’inspiration originelle de l’idée du « Saint Graal », il est largement accepté que le « grail », ou « graal » en ancien français (servant des plats), apparaît en premier dans le travail de la littérature française médiévale, « Perceval, le conte du Graal » (« The story of the Grail », écrit à la fin du XIIème siècle par le poète Chrétien de Troyes. Ici, un jeune chevalier s’émerveille face à une émanation de rayons de lumière qu’il voit lors d’une procession au banquet du Roi. Effrayé en silence, le chevalier manque d’interroger au sujet de l’objet stupéfiant, mais rencontre plus tard un ermite qui lui explique que le plat contient une simple nourriture qui maintient le père du roi estropié vivant.

Un peu plus tard, au début du XIIème siècle, Robert de Boron écrit une histoire de graal intitulée « Joseph d’Arimathie » (« Joseph of Arimathea »). C’est la première description explicite d’un graal comme calice ou coupe utilisé par Jésus lors de la dernière Cène. Dans l’histoire, Joseph utilise le calice afin de recueillir les gouttes du sang du Christ lorsque celui-ci prépare sa mort proche. Lorsque Joseph est emprisonné, la légende raconte que le graal l’a aidé à rester en vie, et sans doute que ses descendants ont ramené le calice vénéré à l’Ouest, où il est devenu l’objet de fables et de quêtes des chevaliers.

Pendant l’octroi des premières littératures du mythe du graal, laissé incomplet à la mort de Chrétien de Troyes, qui n’avait pu mener son travail à terme, Robert de Boron reprend la légende et fournit une « pré-histoire qui a christianisé le graal », selon Joan Grimbert, du Département des Langues et Littérature Modernes à l’Université Catholique d’Amérique. « Il y a eu une incroyable transformation », note-t-elle, qui inspire d’autres écrivains à reprendre le thème dans lequel il est connu, tel le cycle de Lancelot et le graal, ou le cycle de la Vulgate. Le cycle, qui se déroule de 1215 à 1235, fournit un développement étendu de l’histoire du graal avec de sombres tonalités religieuses, dans laquelle le graal est source de pouvoir divin.

Plus de huit siècles après, un romancier, Dan Brown, offre sa propre version du Saint Graal dans son best-seller, le « Da Vinci Code ». Lourdement influencé par le livre sans fiction, « Saint Sang, Saint Graal » (« Holy Blood, Holy Graal ») publié en 1982 et salué par la critique savante répandue, le roman de Brown présente le personnage de Robert Langdon, un « symboliste » de Harvard, qui explique que le calice utilisé par le Christ est simplement une allégorie pour « protéger la véritable nature du Saint Graal, une femme ». C’est Marie-Madeleine – la disciple et femme de Jesus, qui porte les enfants du Christ – dont l’utérus est l’actuel Saint Graal car il est porteur de la « lignée royale » de Jesus. La conspiration subséquente visant à détruire cette explosive vérité, les personnages de Brown et quelques lecteurs sceptiques arrivent à y croire, a été gardée secrète par une église toute puissante à travers les siècles.

Norris Lacy, professeur d’Etudes françaises et médiévales à l’Université de l’Etat de Pennsylvanie, est l’auteur du « Da Vinci Code : Dan Brown et le Graal qui n’a jamais existé », un article publié au journal savant « Arthurania ». « Il y a tellement de choses fausses concernant ceci qu’il est difficile de déterminer par où commencer » dit Lacy, Président honoraire de la société arthurienne internationale, à propos de la théorie de Brown sur le graal. Mais de toute façon, le Da Vinci Code n’est-il pas simplement une fiction ? Lacy, qui note que Brown a récemment cédé quant au fait de défendre la véracité de son matériau, utilise le « c’est juste une fiction » comme argument. « En effet, Brown lui-même, que ce soit par conviction ou mercantilisme, a fait tout son possible pour persuader les lecteurs qu’il croit réellement juste ce que le livre dit » écrit Lacy. « Il a insisté sur l’exactitude, la nature factuelle, de ses informations et théories ».

Il désigne le fait que, dans le roman, la clef permettant d’ouvrir le secret de Graal se trouve dans une « erreur » linguistique supposée impliquant « San Greal », ou le Saint Graal, que le roman revendique dans sa forme la plus antique, qui devrait en réalité être lu comme « Sang Réel, » ou Sang Royal. « En fait », écrit Lacy, « c’était très loin de la forme primaire. Comme les Arthuriens le savent, la forme primaire était simplement le Graal, un nom commun se référant à un plat. Le mot a été d’abord utilisé pour indiquer en particulier l’objet (initialement mystérieux et plus tard spécifiquement saint) par Chrétien de Troyes au début du XIIème siècle ». La forme interprétée comme « le sang royal » est pour la première fois utilisée au XVème siècle.

Cependant, Lacy y voit « l’aspect le plus remarquable de cette théorie de conspiration de Graal », comme le « raisonnement circulaire » du roman de Brown en tandem avec son « argumentum ex silentio ». On a demandé aux lecteurs d’accepter la revendication selon laquelle la lignée secrète du Christ était en danger constant d’être découverte, et si elle était révélée, son exposition mettrait au défi de trop nombreuses sacro-saintes croyances. Dans le roman de Brown, observe Lacy, depuis le mariage supposé de Jésus et Marie Madeleine « rien n’est connu de quiconque, l’Église doit avoir eu un succès remarquable en gardant cela secret – et donc cela doit être vrai. Ainsi le même manque de preuve constitue sa preuve propre, démontrant comment, de manière efficace, la conspiration de silence a été maintenue pendant les siècles ». En fin de compte, il décrit les idées du Brown comme « complexes, fascinantes et fausses ».

Joseph Goering, l’historien de l’Université de Toronto qui a écrit « la Vierge et le Graal », ne voit aussi aucune preuve que la théorie du Graal de Brown puisse être soutenue. « D’une certaine manière, Dan Brown fait ce que chaque autre conteur du Graal a fait, ce qui consiste à nous dire en quoi le Graal est important, mais il le fait en rejetant toutes les vieilles histoires et dit qu’elles sont juste des déformations » ajoute Goering. « Il se pose lui-même en-dehors de la tradition et dit que toutes les autres sont fausses »

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