Le « Da Vinci code » : une attaque contre la foi chrétienne ?

Christophe Levalois, bloggeur sur Orthodoxie.com, nous a envoyé cet article.

C’était prévisible. Depuis le succès du roman policier « Da Vinci code » – plusieurs dizaines de millions d’exemplaires vendus dans le monde – les grandes entreprises médiatiques ont soigneusement préparé la réussite du film. A toutes les étapes de la préparation de celui-ci, tous les ingrédients propres à assurer une large publicité s’y retrouvent : controverses, procès, petites histoires dans la cour des « grands » (par exemple lorsque le président de la République française a voulu imposer une actrice amie de sa fille), interdictions, articles publiés régulièrement dans la presse sur le tournage, émissions à la télévision – je pense particulièrement à Arte- où de prétendus spécialistes du christianisme, gratifiés même du titre de théologiens, ont distillé des contre-vérités propres à donner un semblant de vraisemblance à la fiction de Dan Brown. A cela s’ajoute la parution, il y a peu, d’une traduction d’un texte gnostique, L’évangile de Judas, de nature à renforcer le doute auprès de ceux qui ne connaissent pas ou mal l’histoire du christianisme en accréditant la thèse de l’existence de plusieurs « versions » du christianisme dont une aurait été retenue. La vague déferlante est mondiale. Le choc est rude.

Laissons de côté l’aspect commercial de l’affaire. Il est incontestable et c’est son premier moteur. La gravité est à chercher dans les conséquences, lesquelles peuvent s’avérer dévastatrices. En effet, des sondages le montrent, des discussions avec des chrétiens m’en ont convaincus, le premier résultat est de semer le doute auprès de certains et la confusion pour d’autres. Et cela, spirituellement n’est pas neutre, mais de nature à égarer une personne sur des voies sans issues. Certes, les chrétiens qui ont une bonne connaissance de leur foi écarteront tout cela facilement, pour d’autres il n’en sera pas de même et pour les non-chrétiens ce sont autant d’obstacles supplémentaires qui sont posés, en leur inculquant des idées fausses, à la compréhension de la foi.

Les idées véhiculées par ce roman sont à la fois très anciennes et récentes. Une abondante littérature a déjà démontré les multiples erreurs – de taille – qui parsèment cet écrit. La conclusion est sans appel, il s’agit bien d’une fiction de A à Z. Mais voyons plus loin, les conséquences. Celles-ci correspondent bien à l’esprit du temps emprunt de relativisme. En semant le doute et la confusion, ces idées favorisent une conception du « christianisme à la carte », c’est-à-dire dans lequel un individu choisit dans la tradition ce qu’il juge crédible, utile, intéressant, valide, conforme à sa philosophie et rejette le reste qu’il ne comprend pas ou n’accepte pas. De telles conceptions peuvent rendre le croyant incapable d’opérer la métanoia indispensable, la conversion, cette transformation intérieure par et dans l’Esprit, car, finalement, il se fie uniquement à sa volonté individuelle. J’ajoute qu’il est également mûr, avec de telles dispositions, pour toutes les illusions spirituelles. Nous sommes là aux antipodes de ce qu’est vraiment l’Eglise et la vie en Eglise. C’est pourquoi, de telles croyances, peuvent avoir des effets dévastateurs pour l’Eglise elle-même, et son témoignage, en remettant en question l’unité de la foi et la vérité qu’elle porte, laquelle est le Christ. En bafouant et en minimisant le rôle et la transmission de la foi dans l’Eglise – voire en suggérant que l’Eglise ment pour le compte de tel ou tel pouvoir du monde – c’est, au final, le chemin du salut, dont l’Eglise est le corps, qui est attaqué et ainsi la possibilité de « naître de Dieu » (Jean 1, 13).

En dehors des erreurs géographiques, matérielles et historiques que je n’évoque pas, ce serait trop long, d’autres l’ont fait, on peut distinguer trois grandes questions qui se mêlent. Tout d’abord, la difficulté, que l’on rencontre depuis les origines du christianisme, de croire en ce que le IVe concile œcuménique, de Chalcédoine, a remarquablement exposé : le Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cet équilibre inouï, cette incroyable rencontre, n’est pas concevable pour la raison humaine. Certains l’ont pensé plus Dieu qu’homme, d’autres l’inverse, et ces derniers sont la tendance dominante aujourd’hui. Le roman de Dan Brown se fait l’écho de cette dernière.

Ensuite, celui-ci puise dans le fonds gnostique, que nous pouvons aussi appeler d’un terme plus contemporain, ésotérique. En cela, il est rejoint par L’évangile de Judas. C’est de l’histoire très ancienne. Elle prend sa source dans l’orgueil et se manifeste dans la suggestion du Tentateur : « vous serez comme des dieux » (Genèse 3,5). C’est une constante dans l’histoire de l’humanité, car celui qui « dès le commencement s’est attaché à faire mourir l’homme » (Jean 8, 44), s’évertue toujours à y parvenir. Dans le Nouveau Testament, lors des tentations au désert, le Christ l’affronte victorieusement. Dans les Actes (8, 9 s.), Simon le magicien en est un représentant. Ces groupes étaient très importants dans l’empire romain. Certains se sont réclamés du christianisme. Les apôtres et leurs successeurs ont dû les démasquer et les combattre. Au IIe siècle, saint Irénée de Lyon, qui, parmi une foule d’écrits cite L’évangile de Judas, s’est illustré dans cette lutte. Au fil des siècles, jusqu’à aujourd’hui, sous différents visages, cette tentation funeste s’est manifestée.

Il y a également dans le roman de Dan Brown la récupération d’anciennes légendes françaises qui datent du Moyen Age, avec des modifications notables opérées au XXe siècle dans des groupuscules ésotériques. En effet, dans la France médiévale toute une série de légendes, finalement dans la continuation de l’Enéide de Virgile ou des Métamorphoses d’Ovide, portaient sur l’origine prestigieuse des rois de France. On parlait d’ascendance davidique, mais d’un point de vue spirituel ; toutefois, dans la continuation des auteurs romains, la légende d’une origine troyenne était la plus prisée. Elle a perduré jusqu’au XVIe siècle (La Franciade de Ronsard). Mais il n’y a là qu’une justification habituelle du prestige d’une lignée souveraine que l’on rencontre dans la plupart des sociétés traditionnelles, du pharaon au tenno japonais qui est dit descendre de la déesse du soleil, Amaterasu. Colette Beaune, dans son ouvrage intitulé Naissance de la nation France (Gallimard 1985), fournit une étude détaillée de ce légendaire médiéval de la France. Ce n’est qu’au XVe siècle, que des auteurs, très secondaires, évoquent, de manière imprécise et sans rattachement au Christ, une ascendance hébraïque charnelle des rois de France. Dans l’esprit des auteurs médiévaux, il s’agit d’un rattachement spirituel, d’une référence prestigieuse et non d’une filiation physique.

Un dernier point me semble important : la manière dont nous considérons les Saintes Ecritures. Elles ne sont pas un simple récit, une sorte de reportage qu’il faudrait enrichir par d’autres apports ou dont il faudrait absolument prouver la matérialité des faits évoqués. Ce point de vue témoigne d’une grave méprise. Pour le chrétien, les Ecritures sont lues, intégrés, révélés en Eglise, grâce à l’Esprit, dans la continuation et la fidélité à la tradition apostolique. Elles nous ont été données pour notre édification et pour notre salut et non comme une légende merveilleuse. Elles sont à la fois Parole du Seigneur et un mystère à vivre, car le chrétien ne croit pas à une histoire, parmi d’autres, à une pensée qui serait plus astucieuse que d’autres, mais il croit à la vie véritable du monde visible et invisible, qui est le Christ, et il désire grandir en Lui. Le lieu terrestre de cette croissance, et cela est une grâce de le comprendre, est l’Eglise.

En conclusion, que peut-on penser de cette affaire ? Doit-on s’en plaindre, la regretter, s’apitoyer devant l’ignorance et la malveillance ? Certes, elle est révélatrice de la perte de repères chrétiens. Elle nous montre aussi qu’un effort en matière de formation et d’information est toujours à faire. Mais, je crois, qu’il s’agit surtout, pour les chrétiens, d’une opportunité à saisir pour témoigner. A cet égard, il faut saluer les multiples initiatives qui vont dans ce sens. Une note sera publiée demain sur Orthodoxie.com pour en signaler quelques unes et donner des ressources disponibles sur l’Internet. Ces dernières années, les attaques contre la foi chrétienne ont été nombreuses. Mais, il y a aussi des motifs d’espoir : des initiatives dynamiques, le travail de groupes fervents, telle ou telle mobilisation, une renaissance au lieu de la mort annoncée. Avec le Christ, le printemps peut surgir alors que l’on se pense à l’automne. « Prenez courage, j’ai vaincu le monde ! » (Jean 16, 33).

Christophe Levalois

Source : Orthodoxie.com

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