La critique du prof. Youri Davincikoff

En avant-première sur toute la planète, voici the critique about the Da Vinci Code dont vous me donnerez des nouvelles.

La bande annonce du Da Vinci Code laissait envisager de quoi s’amuser un peu : un « moine » se flagellant devant un crucifix, des courses-poursuites Paris by night, une ravissante Sophie Neveu sous les traits d’Amélie Poulain, de l’action et du suspens. En plus d’être le film « le plus attendu de l’année » selon l’AFP, il pouvait être un chef d’œuvre. Des voix s’étaient élevées du monde entier pour appeler au boycott en raison d’une atteinte au respect des croyances en général et du christianisme en particulier (voire même de l’Eglise à travers l’Opus Dei entre parenthèses). Tom Hanks s’en était insurgé, craignant que ces appels soient suivis d’effets sur la fréquentation des salles, mais rien d’autre ne pouvait entraver la marche inexorable de l’Histoire. De l’histoire du cinéma, tout au moins.

Les quelques photos offertes en pâture aux milliers de spectateurs potentiels laissaient entrevoir de très belles scènes et donnaient libre cours à leur imagination débordante : Audrey Tautou allait-elle retrouver sa canette de Fanta ? Tom Hanks sortirait-il de sa lamaserie ? Qu’en dirait le prof. Youri Davincikoff ? Malheureusement, ces photos étaient muettes : il fallait attendre, ou plutôt piaffer d’impatience.

Alors on s’occupait : on blogait, on surfait, on écrivait, on lisait, on se documentait. L’Opus Dei refaisait son site web. Les Da Vinci réponses pleuvaient en écho aux Da Vinci campagnes marketing tout azimut. L’hebdomadaire catholique Famille Chrétienne, par un sondage IPSOS, affirmait que la côte de popularité de l’Eglise catholique était affaiblie de 14 points pour les lecteurs du Da Vinci Code. Sans doute le film risquait d’avoir un impact aussi négatif s’il était un succès. Et un succès, il le serait assurément : « comme le livre ». A Paris, les grands de l’Eglise s’étaient réunis pour affiner la réplique…

Dans ce ciel sans nuages pour les fans du Da Vinci, même si ce climat était savamment entretenu par un teasing hors-pair (une poignée de journalistes avaient pu voir le film dans une salle surveillée aux rayons infrarouges), tout semblait acquis : la critique, l’intérêt du public, voire même la palme d’Or surprise au Festival de Cannes. Scoop : Da Vinci Code, mystérieusement hors compétition ? Le seul petit problème était alors la coiffure de Tom Hanks, qui n’avait pas plu aux testeurs du film : « trop longs, ces cheveux, trop longs ! ». Mais après tout, ce n’était qu’un détail.

L’Opus Dei tenta pendant plusieurs mois d’obtenir un rendez-vous avec un responsable de la maison de production Sony. Peine perdue. Il n’y aurait pas de « toute ressemblance avec des personnages réels vivants ou décédés serait purement fortuite », preuve s’il en manquait que l’organisation n’avait pas encore infiltré l’entreprise au plus haut niveau… Et puis Mgr di Faclo assisterait à la présentation officielle du film à Cannes : au besoin, il pourrait taper du poing sur la table. Sagement assis au fond du web, The Da Vinci Blog attendait son heure de gloire.

Vint la veillée d’armes, la dernière nuit « sans ». Ensuite ce serait « le jour d’après », comme après un mariage ou un cataclysme. Le jour d’après la sortie… ah, vivement !

Vint la projection. Une salle bondée au Gaumont Champs-Elysées. Il y fait très chaud, comme si la climatisation était – mystérieusement – en panne. Nouveau complot ? Ma voisine de droite agite un programme ciné en guise d’éventail, elle est louche. Celle de gauche est encore plus… insupportable. On se croirait en Inde, sans les coupures de courant. Une demi-heure de bandes annonces interminables histoire de faire marcher la cash machine mondiale. Et puis, enfin, le rideau se lève…

Hélas, je n’arrive pas à entrer dans le film. Heureusement les pop-corn sont bons. Ma bouteille de Fanta aussi. L’éclairagiste a baissé les spots, on dirait qu’ils ont voulu économiser du courant sur un buisness à 125 millions de dollars. En revanche, les langues ne sont pas coupées : ils parlent sans arrêt, même avec un pistolet braqué sur la tempe. Peut-on faire une pause ? Silas se flagelle et se reflagelle, jusqu’à plus soif. Sans comparaison avec La Passion du Christ

Parfois on se croirait aussi sur Arte, avec des courts documentaires en noir et blanc sur les templiers et d’autres balivernes sous-titrées. Amusant aussi : un billard dans une salle de réunion pour évêques au Vatican, il y fait presque plus noir que dans le cinéma.

Je commence à vraiment m’ennuyer, mais Dieu merci, je suis en bonne compagnie. Depuis le début du film, Audrey Tautou essaye de se mettre en condition de la fille qui cherche comme une conne(*) à découvrir qu’elle descend du Christ. Vient la scène fatidique où elle apprend – enfin – la vérité sur sa famille. Elle n’y croit doublement pas. C’est trop, et trop c’est trop. Tom Hanks ne parvient pas non plus à descendre son talent au niveau du scénario – sauvant ainsi son honneur – comme le soulignera la critique du Monde : « pendant presque tout le film, le regard de la vedette hollywoodienne est presque vitreux, comme s’il n’était pas bien sûr des raisons qui l’ont amené là, une sensation très communicative. ». Les gens rient. Les gens rient encore quand la petite Amélie tente de marcher sur l’eau, pour rire. Quand le sérieux veut rejoindre le comique, la parodie n’est pas loin : on se croirait presque dans La quête du Graal des Monty Pythons, en beaucoup beaucoup moins drôle évidemment. Forrest peut toujours courir, il y aura droit. Quant à Léonard, il se retourne certainement dans sa tombe : une dépêche AFP devrait tomber incésamment sous peu…

Petite lueur d’espoir dans la pénombre, une réplique sort de ce lot navrant et dramatique de bavardages ésotériques ou de théologie de comptoir à goût de bière mélangée à l’eau de Vichy… lorsque Tom Hanks raconte qu’enfant il est tombé dans un puit : « j’ai prié Dieu de me sortir de là pour revoir ma mère, mon père, mes frères et mes soeurs, mes copains et aussi rejouer avec mon chien… j’ai été exaucé : je n’étais probablement pas tout seul au fond de ce trou. ».

Et voilà comment du succès assuré on est arrivé à une déjection canine typiquement hollywoodienne. Moralité de cette fable : regardez la bande annonce sur le site d’Allociné, vous aurez déjà tout vu, ou allez voir le dernier Almodovar. Faut pas pousser Mona Lisa dans la tombe de Marie-Madeleine !

(*) désolé Audrey, aucun autre adjectif qualificatif ne convient pour ce rôle… j’ajouterais même volontiers : « et Audrey, tu descends ? – bah pourquoi faire ? – c’est ton destin ! »

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