La critique du Figaro : Etouffe-chrétien

Par Marie-Noëlle Tranchant, 18 mai 2006, rubrique culture.

Hors compétition. Que Da Vinci Code soit un « événement », il est difficile de l’ignorer. Mais un film ? La déception cinématographique est à la mesure du battage et du secret entretenus autour de l’arrivée sur les écrans de ce thriller théologique tiré du best-seller de Dan Brown. Dès le début, au Louvre, le réalisateur s’empêtre dans l’action. Poursuivi par un mystérieux tueur, Saunières (Jean-Pierre Marielle) abaisse une herse de sécurité, mais reste à portée de pistolet et s’occupe à décrocher un tableau avant de se retrouver nu et mort sur le parquet. Les lecteurs du roman décrypteront la scène, mais le découpage la rend visuellement aberrante.

Dans la séquence suivante, Robert Langdon (Tom Hanks), spécialiste de symbolique religieuse, donne une conférence qui se propose de montrer que les choses ne sont jamais ce qu’elles sont, que les symboles ont de multiples significations, et que la vérité originelle gît sous les couches d’interprétations successives déposées par l’histoire. La question est : « Comment démêler la vérité de la croyance ? » Un problème épargné au spectateur, qui ne trouve rien à croire dans la folle histoire du monde qui va lui être contée.

L’exposition contient déjà tous les défauts du film : anémique dans les scènes d’action, bavard et pompeux dans les scènes de conférence, qui sont les plus nombreuses. Car nos héros sont des intellectuels, et des trissotins de la plus pédante espèce. Pourchassés à la fois par la police internationale et par le tueur de la secte sanguinaire de l’Opus Dei, ils ne peuvent pas s’empêcher d’expliquer leurs thèses. Dans un fourgon blindé au conducteur menaçant ou dans un avion privé guetté par Interpol, ils continuent à pérorer sur le Graal qui est une femme qui est Marie-Madeleine qui est la femme de Jésus qui est un homme qui a été élu Dieu par l’Eglise qui a occulté sa vie privée et sa descendance et tué le culte du féminin sacré. Vous suivez toujours ?

Sans doute pénétrés de la profondeur du sujet, Ron Howard et son scénariste Akiva Goldsman s’appliquent laborieusement à creuser la thèse et l’antithèse, remontant le cours de l’histoire à coups de flash-backs numériques dignes des plus mauvais péplums sur la Rome de Constantin ou les Templiers. Du coup, ils oublient complètement le spectacle, la magie des complots, le charme des tueurs et des traîtres de mélodrame. La plupart des scènes, qui pourraient donner au film le rythme excitant du thriller, sont traitées en gros plans ou en plans rapprochés statiques sur des personnages qui se réduisent à leurs discours, dénués de toute consistance dramatique. Tom Hanks n’a rien à faire, Audrey Tautou est une mignonne petite cruche qui gobe tout ce qu’on lui raconte avec un air ébahi. Elle a du mal à croire qu’elle est l’arrière-petite-fille de Jésus-Christ. Nous aussi. Quant à Silas (Paul Bettany), le moine tueur de l’Opus Dei, il sort droit du Grand-Guignol, l’humour en moins. L’humour, c’est ce qui manque désespérément à cette pseudo-quête du Graal qu’il fallait raconter à la James Bond. En prenant la chose au sérieux, Da Vinci Code « le film », grosse tartine didactique, atteint ce résultat paradoxal de faire ressortir la solennelle crétinerie de l’histoire.

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