La clé du Code (Da Vinci)

Publié sur le site du quotidien espagnol El Semanal digital, cet article a été traduit par G. B.

La clé du Code (Da Vinci)

Ce qui rend aussi impressionnant le phénomène autour du Da Vinci Code n’est pas tant ce que Brown a dit ou voulu dire, sinon sa valeur comme thermomètre de notre culture. Ce n’est pas la première fois que quelqu’un présente des arguments fictifs comme des données réelles, mais jamais auparavant le « monde réel » ne s’était empressé de discuter ces faussetés comme des faits à prendre au sérieux. La grande promotion de ce phénomène – en livre et en film – se contente de ne présenter qu’une seule idée : il existe un mystère que « le pouvoir » souhaite occulter et le Code nous donne la solution. Et tout le monde sait qu’il ne s’agit pas de la vérité, mais tout le monde agit comme si cela était certain. Cet entremêlement de vérité et de fiction est l’authentique clé du livre. Le falsificateur n’est plus coupable. Au contraire, le public et les médias entrent dans le jeu au rythme que marque la publicité (autre forme de fiction travestie en réalité). Cela fait longtemps que l’informatique et l’audiovisuel sont parvenus à détruire la frontière entre vérité réelle et vérité virtuelle. Le Code suit ce chemin.

Cette dissolution des vieilles catégories, vérité et fiction, serait impossible s’il n’existait pas au préalable une culture relativiste : le livre de Brown est indissociable d’une culture dans laquelle tout se vaut, c’est-à-dire dans laquelle rien ne vaut rien, et dans laquelle il est possible de maintenir les hypothèses les plus floues parce qu’il n’y a aucun critère de vérité objective qui ne sanctionne l’infracteur. Relativisme culturel qu’il convient de relier, à son tour, à cette suprématie absolue de la subjectivité, qui caractérise l’Occident post-moderne, cette congrégation du « je pense » comme critère de vérité (« ma » vérité), qui conduit à un nivellement par le bas des produits culturels : si j’aime ceci, si ceci me paraît bon, personne n’a le droit de dire que ceci est mauvais, faux ou immoral.

Ajoutons un autre élément : la destruction de l’Histoire, la volonté soutenue de la convertir en un roman mobile et malléable, en dimension factuelle, que d’aucun peut remodeler continuellement en fonction des goûts du jour. Qu’un roman comme celui de Brown puisse être considéré comme « faisable » est quelque chose de possible uniquement dans un milieu culturel où les faits passés manquent d’importance propre, où tout le leg historique peut être reformé (déformé) parce qu’aujourd’hui il a perdu sa signification. La « fin de l’Histoire » ne signifie pas seulement que l’Histoire moderne est terminée, mais aussi que l’histoire passée a perdu sa vigueur, que nous pouvons en faire un décor comme quelqu’un qui change la peinture de sa chambre.

C’est pour cela que le Da Vinci Code contient un élément proche de la calamité.

(Un viejo chiste tontorrón: « ¿Qué es el código? ». Respuesta: « Por donde se dobla el brácigo ». Pues eso: doble usted el brácigo, introduzca el otro brazo en el ángulo resultante y haga vibrar ambas extremidades con vigoroso ademán. Si quiere usted acompañar el gesto con alzamiento de dedo corazón, lo dejo a su arbitrio. Leonardo, que era muy desahogado, lo habría hecho). Cuaderno de campo

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