Interview exclusif de Patrice de Plunkett, auteur d’une nouvelle enquête sur l’Opus Dei

Patrice de Plunkett est l’auteur de L’Opus Dei, enquête sur le « monstre », aux Presses de la Renaissance, en librairie le 18 mai. Il a bien voulu répondre à nos questions.

DVB : Da Vinci Code : l’Opus Dei est-il au centre de cette machination ?

Les romans de Dan Brown sont un jeu de piste : on commence par un coupable n° 1, puis on débusque un coupable n° 2 (encore pire que le n° 1), etc. Dans DVC, l’Opus Dei est le coupable n° 1… L’Opus ayant déjà une légende noire dans le grand public, c’est payant de s’en prendre à lui : d’où le guignol de Brown avec son « moine tueur », etc. L’objet de mon enquête, c’est de comprendre pourquoi l’Opus a une légende noire. Et de savoir ce qu’il est exactement. Dans cette investigation, je suis allé de surprise en surprise.

DVB : Etes-vous pour ou contre l’Opus Dei ?

J’ai rencontré des gens « pour » et des gens « contre »… Quant à moi personnellement, je ne vois pas de raison de prendre position ! (ça ruinerait le métier d’enquêteur).

DVB : Qu’est-ce que l’Opus Dei aujourd’hui, au juste ?

Une chose dont on n’a pas idée : une station-service pour chrétiens. Elle distribue à ses membres, laïcs engagés dans la vie active, l’aide spirituelle qu’ils lui demandent : conseils, méthodes de prière, étude, soirées de réflexion en petits groupes. Ce qui est spécial, c’est que les « usagers » se lient à cette station-service, par un contrat permanent…

Ce que ces « usagers » vivent, ce qu’ils ont dans la tête, c’est ce que j’ai voulu savoir. Mon livre donne beaucoup de confidences de jeunes femmes et de jeunes hommes qui sont entrés dans l’Opus Dei ou qui l’ont quitté, et qui expliquent pourquoi : et ça, quand on s’intéresse à la psychologie, c’est passionnant.

Beaucoup de membres de l’Opus Dei lancent des écoles, des universités, des dispensaires, des hôpitaux, des centres d’aide sociale. Faut-il y voir les tentacules d’une « pieuvre financière » ? J’ai enquêté là-dessus. Je suis tombé sur des entreprises classiques créées par des laïcs de l’Opus, gérés par eux dans l’esprit de l’Opus : mais ces entreprises n’appartiennent pas à l’Opus. Et l’argent de ces sociétés – les dons caritatifs, les bénéfices éventuels – n’est pas envoyé à Rome : ça se verrait tout de suite, les sociétés iraient à la faillite ! C’est encore une des surprises de mon enquête : il n’y a aucun indice que l’Opus Dei puisse fonctionner comme une « pompe à fric »…

DVB : Comment l’Opus Dei serait-il devenu un « monstre » au fil des âges ?

L’idée que l’Opus est un « monstre » vient de son ennemi en Espagne dans les années 1940. Cet ennemi était l’extrême droite franquiste : c’est elle qui a lancé des expressions comme « sainte mafia » ou « franc-maçonnerie blanche » ! Ces expressions se sont diffusées ensuite dans toute la presse européenne, à l’occasion d’ « affaires » que j’explique dans mon livre. Puis la légende noire de l’Opus s’est incrustée en Occident et elle a « muté », comme un virus, de dix ans en dix ans, en s’adaptant à nos fantasmes de complot successifs. Pourquoi notre société médiatique a-t-elle besoin d’imaginer des complots, comme les sociétés superstitieuses d’autrefois ? J’analyse ça aussi…

DVB : L’Opus Dei est-il le réceptacle d’un certain nombre de « tartes à la crème » concernant l’Eglise catholique ?

La relance du mythe de l’Opus-Monstre, entre 2001 et 2006, correspond à l’apparition d’une « cathophobie » dans les sociétés occidentales riches – et surtout en France. Après le 11 septembre, nos leaders d’opinion décident que toutes les religions sont dangereuses. Ils cherchent quelle organisation, du côté catholique, pourrait incarner le « fondamentalisme », en symétrie avec l’islamisme. Et ils désignent… l’Opus Dei ! C’est la dernière mutation du virus de la légende noire.

DVB : Vous avez enquêté au sein même de l’Opus Dei, avez-vous assisté à des séances de discipline ? Avez-vous rencontré des moines en robe de bure comme Silas ?

Je n’ai pas assisté à des séances de discipline ; cet exercice se pratique seul et sans témoin. Ce n’est pas le deuil chiite. Il n’y a pas de cortèges de flagellants qui défileraient devant les caméras ! Les membres de l’Opus Dei parlent de cette pratique quand on leur pose la question, mais pour eux c’est loin d’être important, et ça ne se vit pas dans le masochisme comme DVC nous le fait croire…

Je n’ai pas non plus rencontré de tueurs, même « moines » : il n’y a pas de moines dans l’Opus Dei, qui est une organisation de laïcs (avec un certain nombre de prêtres, cantonnés aux activités sacerdotales). En revanche, j’ai trouvé un Silas. Il s’appelle Silas Agbim, il est boursier à Wall Street, et il dit : « Je suis le seul Silas de l’Opus Dei, et je ne suis pas albinos. » Silas Agbim est Nigérian.

DVB : Si l’Opus Dei était le bras armé de l’Eglise, quel serait le bras armé de l’Opus Dei ?

Le dernier « bras armé de l’Eglise », ce furent les zouaves pontificaux en 1870 : ce qui ne nous rajeunit pas… Depuis, il n’y a plus que les hallebardes des gardes suisses.

DVB : L’Opus Dei a-t-il toujours eu une conduite exemplaire ?

L’erreur de l’Opus Dei fut d’étendre son système de « discrétion » (né de la situation espagnole) au-delà des frontières de l’Espagne, et de le cultiver pendant des dizaines d’années. C’est ce qui lui a donné son image de société secrète. Pourquoi a-t-il fait cette erreur ? Par une confiance trop grande dans l’universalité de sa formule d’organisation. Il a fallu Da Vinci Code pour que l’Opus comprenne à quel point sa discrétion lui avait nui : quand on finit par être accusé de tuer ses opposants, c’est qu’on a un vrai problème d’image ! (Quant aux excitantes « affaires » politico-financières auxquelles on a associé l’Opus depuis trente ans, j’ai enquêté dessus à la loupe : lisez mon livre ! Vous le raconter ici prendrait trop de place).

DVB : Quels sont les liens entre l’Opus Dei et la franc-maçonnerie ?

J’ai enquêté et je n’en ai trouvé aucun indice. J’explique dans mon livre d’où vient cette légende : elle fut forgée par la Phalange espagnole des années 1940, qui voulait faire éradiquer l’Opus Dei par les tribunaux franquistes… Ce que j’ai découvert sur les relations entre l’Opus et le franquisme est très inattendu : pour le lecteur français, ce sont des révélations.

DVB : Quel est votre sentiment sur l’Opus Dei après cette enquête ?

Décortiquer l’Opus a été pour moi une série de surprises.

DVB : Dans son livre, Dan Brown écrit : « Les mystères ont toujours des fans » (p.210) et « si j’avais gagné une livre pour chaque recherche que j’ai dû faire sur la Rose, sur Marie-Madeleine, sur le Sang réal, sur les Mérovingiens, sur le Prieuré de Sion, etc., je serai millionnaire à l’heure qu’il est. Les énigmes historiques ont toujours le même succès… » (p. 474). Qu’en pensez-vous ?

Les énigmes « historiques » fascinent le public. Même celles qui sont créées de toutes pièces… Mais les véritables clés de l’Opus Dei sont bien plus intéressantes que celles imaginées par Da Vinci Code !

DVB : Dan Brown est-il passé de la mystification à la théorie du complot proprement dite ?

Mystification et théorie du complot vont ensemble depuis toujours (rappelez-vous Eugène Sue et son roman Le Juif errant en 1847 !). Mais c’est flagrant chez Dan Brown : le complot est son scénario le plus habituel. Lisez Anges & démons, vous verrez jusqu’où il pousse la recette.

DVB : Pensez-vous que le film sera plus critique encore que le livre sur l’Opus Dei et l’Eglise catholique ? Pourquoi ?

Etre « plus critique » serait difficile ! Je dirais : « encore plus efficace ». Hollywood n’est pas idéologiquement anticatholique, mais l’anticatholicisme se vend bien dans la société matérialiste mercantile occidentale : et Hollywood est l’un des centres nerveux de cette société.

DVB : Irez-vous voir le film ? Qu’en attendez-vous ?

Je verrai le film à Cannes, le 17 mai. J’en attends un bon spectacle, comme tout le monde. Mais je suis certain d’y trouver, une fois de plus, l’indice de la cathophobie-réflexe qui est dans l’air du temps…

DVB : Aux visiteurs du Da Vinci Blog, conseillez-vous de lire votre livre avant d’aller voir le film, ou après seulement ?

Avant, après, et (peut-être) pendant.


Patrice de Plunkett, écrivain, journaliste, donnera une conférence-débat à Cannes le 18 mai, en accord avec le diocèse de Nice, sur le thème : Face à Da Vinci Code (livre + film), une réponse catholique. (20 h 30, salle du Prado, 20 avenue Prince-de-Galles, Cannes, 18 mai 2006).

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Sur le web : le blog de Patrice de Plunkett.

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