Ignace d’Antioche (d. circa 107/110)

Le Père Thomas G. Weinandy est un prêtre Franciscain Capucin qui a servi de Directeur Exécutif pour la doctrine et les pratiques pastorales de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis depuis le 1er Janvier 2005. Il a considérablement écrit pour des sujets théologiques.

Par le Rev. Thomas G. Weinandy, O.F.M. Traduction par G.B.

Ignace, évêque d’Antioche, fut arrêté et amené à Rome afin de souffrir le martyre dans le Colisée, et est actuellement enterré tout près, dans l’église Saint Clément.

C’est un homme vif, énergique et déterminé – de la même étoffe que Paul. Au cours de ses voyages, il rencontra des communautés chrétiennes, sur lesquelles il écrivit. Dans ses sept lettres, il était essentiellement préoccupé par trois points : 1. l’unité de l’église comme vécue en communion avec les évêques et inscrite dans l’Eucharistie, 2. le danger de l’hérésie, 3. la gloire du martyre.

Pour Ignace, l’unité de l’église était d’une suprême importance car cette unité se composait du Christ (la tête) et de son corps. Cette unité était avant tout fondée sur l’unité de la foi – croyance du premier véritable évangile (dont l’inquiétude portait sur l’hérésie qui détruit l’unité de la foi). C’est l’évêque, en tant que représentant sur terre de la présence du Christ et successeur des Apôtres, qui est le fondement de la présence de cette unité car il est l’authentique enseignant et défenseur de l’évangile, et le pasteur qui supervise le soin approprié et l’harmonie de tous les fidèles. L’expression la plus pleine et entière de cette unité, « une symphonie de volontés en concert », est ancrée dans l’Eucharistie, pour les fidèles proches, en union avec l’évêque, rassemblés pour écouter l’évangile et communier avec le Christ en recevant son corps et son sang ressuscités, lesquels sont « la médecine de l’immortalité ».

La plus grande hérésie qu’eut à affronter Ignace était le docétisme. Le docétisme (venant du terme grec « dokesis », signifiant « sembler ») soutenait que le Fils / Verbe de Dieu « paraissait » ou « apparaissait » seulement en prenant forme humaine, mais ne le faisait pas réellement. Ainsi, tout ce qui se rapportait à l’humanité de Jesus – naissance, nourriture, souffrance, mort, … – était seulement de l’apparence et non pas la réalité. Les docétistes arguaient que, si le Fils / Verbe était vraiment Dieu, il ne pourrait véritablement pas assumer la condition humaine sans compromettre et détruire sa nature divine. Dieu ne pourrait pas réellement souffrir et mourir. Ignace proclamait clairement la vérité de l’Incarnation. Premièrement, Ignace témoignait du fait que Jesus, en tant que véritable Verbe du Père, était l’entière révélation du Père. Il remarque le « silence » du Père et le Verbe comme le « porte parole » du Père. Ainsi Jesus est réellement Dieu. Ignace, à quatorze occasions, parle de Jesus Dieu, et dans huit d’entre elles, se réfère à lui comme ho theos (le Dieu). Ceci est très surprenant pour les premiers temps, alors que le Nouveau Testament semble hésitant à simplement appeler Jesus « Dieu ».

Deuxièmement, ce qui est aussi surprenant, Ignace est l’un des premiers, si ce n’est pas le premier, à utiliser ce qui est appelé « la Communication des Langages », la prédication des attributs humains et divins d’une seule et même personne. Il peut parler de « sang divin » ou de « la passion de mon Dieu ». Ce qui est une très étrange utilisation du langage. Dieu n’a pas de sang. Dieu ne peut pas souffrir. Cependant, si Dieu devient un homme, même Dieu doit avoir du sang, et il peut souffrir, non pas en tant que Dieu mais en tant qu’homme. C’est pour cela qu’Ignace utilisait un tel langage. Cela l’autorisait à exprimer audacieusement, voire même scandaleusement, le contraire des Docétistes, la vérité de l’Incarnation. Pour les Ephésiens, Ignace pourrait écrire sur Jesus d’une merveilleuse manière poétique.

Véritable chair, déjà Esprit ;

Non pas créé, mais déjà né ;

Dieu et Homme dans Son accord,

Véritablement Vie et Mort,

Fruit de Dieu et de la semence de Marie,

A la fois impassible et déchiré

Par la douleur et la souffrance ici-bas :

Jesus Christ, qui est notre Seigneur.


A travers ses lettres, Ignace insista ensuite sur la réalité de l’humanité de Jésus et l’authenticité de ses expériences humaines. Son plus fort argument pour soutenir la vérité de l’Incarnation est sotériologique. Si le Fils de Dieu avait seulement prétendu être un homme, si sa vie « humaine » était une simple comédie, ainsi que sa naissance, son baptême, sa souffrance et sa mort comme étant simplement une pantomime, alors notre salut n’est que feinte et contrefaçon. Il n’a plus de réalité.

Cela conduit à la troisième préoccupation d’Ignace, la gloire du martyre. Ignace raconta ostensiblement le « Trallian » (?) que, quand il arrivera à Rome, il sera mangé par de réels lions avec de réelles dents. Il répandra du véritable sang. Il souffrira réellement et mourra réellement. Si Jesus avait seulement prétendu verser du sang et feint de souffrir et de mourir, alors lui (Ignace) est le plus à plaindre. Il n’est qu’un imbécile. De plus, c’est en devenant un martyr que l’on peut pleinement proclamer l’Evangile en imitant Jesus lui-même. De la même manière, le martyr réalise ce qui prend place dans le baptême lorsqu’une personne meurt et s’élève avec le Christ et ainsi devient pleinement un authentique chrétien. Enfin, le martyr est la vie dans l’Eucharistie, ainsi, en recevant le corps et le sang du Christ, nous sommes confortés dans sa bonté et ainsi, en sacrifiant sa vie pour le Christ, l’homme est pleinement conforté dans la véritable bonté du Christ.

(For Ignatius’ seven letters see Early Christian Writings, trans. by M. Staniforth (London: Penguin Books, 1968)

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