Entretien exclusif avec un membre de l’Opus Dei

François Gondrand, ancien directeur du Bureau d’information de l’Opus Dei à Paris, a bien voulu répondre à nos questions.

Silas, dans le film

Da Vinci Blog : Selon vous, l’Opus Dei a-t-il participé au succès du best-seller en prêtant son nom malgré lui ?

François Gondrand : Franchement le livre nous est tombé sur la tête il y a deux ans, comme un tsunami qui serait venu des États-Unis, et l’on sait que tout ce qui se passe d’un peu notable dans ce pays s’étend vite au reste du monde. Pour tout vous dire, le directeur du Bureau d’information de l’Opus Dei à New York ne se serait jamais imaginé que ce thriller en apparence banal aurait un tel succès. Et à présent, le film ! Il a bien fallu réagir, en essayant, comme l’a dit un Étatsunien, faire de la limonade avec du citron vert.

DVB : Ne voit-on pas dans l’Opus Dei un « concentré » de tout ce que notre époque reproche à l’Église catholique ?

F. G. : Je vois que vous avez lu le livre de Patrice de Plunkett, qui développe cette thèse (lire aussi son interview, NDLR). Même si je n’en aime pas beaucoup le titre, L’Opus Dei, enquête sur « le monstre », je reconnais que l’on peut aboutir à cette conclusion, quand on a fait une enquête aussi fouillée que la sienne, et de plus mise en perspective. J’ajouterai une nuance : le reproche s’adresse à l’Église et à ceux qui sont fidèles à ses enseignements. Les autres ne dérangent personne !

DVB : Croyez-vous qu’une association puisse aujourd’hui prétendre vouloir être « discrète » dans ses œuvres sans qu’elle apparaisse aux yeux du public comme « secrète » ou même « sectaire » ?

F. G. : Vous savez, dans l’Opus Dei on n’a rien à cacher. Mais on n’a pas non plus grand chose à montrer !… Des fidèles courants qui essayent de vivre leur foi au quotidien, dans leur travail, dans leur famille. Quant au sectarisme, c’est la marque de fabrique des gens violents, pas des cathos. J’ajouterai que, de nos jours, tout engagement fort fait peur. Traverser l’Atlantique à la nage, escalader l’Everest à jeun, passe encore. Mais s’engager pour la vie au service de Dieu et des autres, quelle horreur !


DVB : A la veille de la sortie planétaire du film, comment vous sentez-vous ? Fébriles, anxieux, impatients, inquiets ?

F. G. : Pour ma part, très serein. Certes je ne suis pas heureux de voir s’étaler les affiches de ce film un peu partout dans Paris. Mais je me dis aussi que c’est un mauvais moment à passer, et qu’après tout « le diable porte sa pierre », comme disait ma grand-mère. Peut-être en sortira-t-il quelque chose de bien. Qui sait ?


DVB : Avez-vous pu obtenir des places pour l’avant-première en ouverture du festival de Cannes ? Qui ira ?

F. G. : Pas moi, en tout cas. Le cinéma américain, c’est pas mon truc : trop de musique, trop d’effets, trop de changements de plans. En un sens je me dis : heureusement que ce n’est pas un réalisateur européen (un Italien, par exemple) qui a eu l’idée de tourner le Da Vinci. Il aurait été capable de produire un chef d’œuvre ! Or je ne suis pas sûr du tout que ce film le soit. Mais ceci est très personnel. Je ne peux pas préjuger de la réaction des autres membres de l’Opus Dei. Comme toujours, ils feront ce qu’ils voudront.

DVB : Croyez-vous que le film sera fidèle au roman ?

F. G. : Je le crains. Mais ce n’est pas grave. Quelques centaines de milliers de spectateurs en moins peut-être, si l’on dit que c’est moins intéressant, et un manque à gagner pour Sony Columbia.

DVB : On dit souvent « ce n’est qu’un roman », mais c’est un roman qui fait chuter la cote de sympathie à l’égard de l’Église catholique de 14 points pour ceux qui l’ont lu, selon un sondage IPSOS pour l’hebdomadaire catholique Famille Chrétienne. Croyez-vous que le film aura le même impact ?

F. G. : Pensez au sondage qui aurait pu être fait après que Paul de Tarse ait prêché aux Athéniens sur l’agora : pratiquement tous sont partis, sauf quelques-uns. Vingt siècles plus tard l’Église est là, et de plus elle fait encore peur… Qui sait si de Dan Brown, on ne dira pas dans les livres d’histoire qu’il aura réveillé les catholiques avec son mauvais roman ? Mais lui, on ne saura peut-être même plus qui il était.

DVB : Aujourd’hui, les membres de l’Opus Dei portent-ils vraiment des robes de bure comme Silas, obéissent-ils à des ordres criminels provenant d’un évêque comme le méchant Mgr Aringarosa ?

F. G. : S’ils portaient des robes de bure, c’est qu’ils se seraient déguisés, car ce sont des hommes courants comme vous et moi, non des moines. Mais comme ils respectent infiniment les religieux, il ne leur viendra pas à l’esprit de se moquer d’eux en endossant leur habit.

DVB : L’actuel Prélat de l’Opus Dei, Mgr Xavier Echevarria, ressemble-t-il physiquement à Mgr Aringarosa ?

F. G. : Je ne connais pas encore le visage de l’acteur qui va jouer ce rôle. Je pourrais vous montrer des photos de Mgr Echevarria. Vous verrez vous-même qu’il s’agit d’une personne qui rayonne de bonté et d’intelligence, et en plus d’une extrême simplicité, tout le contraire d’un prélat de comédie ou de roman.

DVB : Dans une scène du film, on voit Silas qui se flagelle avec une discipline devant un crucifix : est-ce réaliste, selon vous ?

F. G. : J’attends d’en voir des extraits. Mais, comme je suis sensible, je risque de fermer les yeux à ce moment-là.

DVB : Connaissez-vous une boutique de l’Opus Dei à Paris où l’on puisse se procurer une discipline et des cilices ?

F. G. : Vous pouvez, paraît-il, vous procurer ce genre d’instruments dans des monastères, qui en vendent parmi des objets de piété, tels que chapelets et dizainiers. Mais je sais qu’en dehors des religieux et des religieuses, d’autres chrétiens s’imposent ce genre de petite souffrance, qui n’altère en rien la santé, par solidarité avec ceux qui souffrent, et en union avec la Passion du Christ. Savez-vous par exemple que Simone Weill, alors proche de se convertir au catholicisme, s’imposait de sévères privations alimentaires en Angleterre, pendant la guerre, par solidarité avec ses coreligionnaires juifs qui souffraient la persécution ?

DVB : Pensez-vous qu’utiliser de si grosses ficelles soit vouloir abuser de la crédulité du public ou chercher à le faire rire ?

F. G. : Comme vous le dites, les ficelles ne seront perçues que par ceux qui ont un minimum de culture, ou en tout cas d’esprit critique. Je constate que pas mal de mes amis m’ont dit n’avoir pas lu le Da Vinci Code, ni avoir l’intention de le lire, ni de voir le film. Je trouve cela plutôt sain.

DVB : Si Da Vinci Code est une supercherie du point de vue historique et qu’elle verse dans la caricature au niveau représentatif, peut-on lui apporter une réponse sérieuse ?

F. G. : Oui : essayer le vivre sa foi de manière cohérente, et à partir de là en rendre compte : catéchiser par l’exemple et par la parole. Parmi ceux, très nombreux j’espère, qui tenteront de faire cela, on trouvera des membres de l’Opus Dei. Une goutte d’eau dans la mer, me direz-vous, mais on ne peut prévoir l’effet d’entraînement que cela produira.

DVB : Vous avez rénové votre site Internet, avez-vous eu depuis beaucoup de visiteurs ? Si oui, combien environ ?

F. G. : Les visiteurs du site opusdei.fr sont passés de 20.000 à 56.000 en moins d’un demi-mois, me dit-on. Évidemment les pages les plus visitées sont celles qui analysent le Da Vinci Code et en font une critique pertinente et fouillée. J’ai l’impression que, depuis un an, ce site est devenu une petite référence pour les internautes. Quant aux différents sites de l’Opus Dei dans le monde, ils ont eu au total 3 millions de visiteurs en 2005, dont un million aux USA. Du jamais vu !

DVB : Le Da Vinci Code, est-ce selon vous une bonne occasion d’annoncer la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité ?

F. G. : Si les chrétiens ne le font pas maintenant, en profitant des millions de dollars que l’éditeur et le producteur du film leur offrent gratuitement avec leur campagne géante de marketing, quand le feront-ils ?


Lien relatif : le site de l’Opus Dei

5 réactions à “Entretien exclusif avec un membre de l’Opus Dei

  1. Silas est habillé comme l’Empereur dans Star wars. Ils ont eu des pbs de Budgets, et Ron Howard a recheté d’occase le capuchon à Spielberg.
    D’un autre côté, avec un passe montagne orange, il était moins crédible le silas!

  2. Palpatine > En même temps, Stars Wars n’a as inventé la robe de bure… ils les ont palgiés sur les moines, les salopiots !

    Silas l’est trop mimi… hihih, top sexy mon piti Silis (ça y’est une nouvelle accro XD)

  3. > Qu’est-ce que ça veut dire : "Le diable porte sa pierre" ?

    Ca veut dire que plus le prince de ce monde fait du mal, plus sa pierre est grosse : il ne l’emportera pas au paradis !

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