Ce qui manque au Da Vinci Code

Par Monseigneur Francis J. Maniscalco, traduit du langage codé de Shakespeare par G.B.

Le Da Vinci Code a attiré beaucoup d’attention à cause de son héros soutenant le « féminin sacré », ainsi que le retour au paganisme comme religion naturelle et sa vision censément plus saine de la sexualité. Une célébration moderne du rite de la fertilité est un élément important de ce livre. Aucun besoin de dire que l’Eglise est dépeinte comme rejetant ces « saines » tendances.

Dans son dénigrement de l’Eglise quant à la suppression du « féminin sacré » et le sens naturel du « bon sexe », les catholiques devraient trouver dans ce roman au moins deux aspects manquants de notre foi qui contredisent sa thèse.

Je ne me rappelle pas avoir jamais vu l’auteur citer Marie, la mère du Seigneur. Comme cela est étrange ! Il n’existe pas de plus grande exaltation de la féminité que la Mère bénie. La jeune fille emplie de foi qui répondit à une extraordinaire requête avec ces mots : « Qu’il me soit fait selon Sa parole (Luc, 1-38) », quand elle ne comprenait que partiellement la demande qui lui était faite. Une femme à la prière puissante dont les mots du « Magnificat » : « Il a renversé les puissants de leur trône et élevé les humbles (Luc 1-52) », sont dits avoir causé le tremblement de plus d’un monarque lorsqu’il les priait. Mère, épouse, veuve et témoin de la mort de son propre enfant, mère, par le souhait de son fils mourant, de ses disciples, les consolant de sa présence lorsqu’ils attendaient et recevaient l’Esprit Saint lors de la Pentecôte, honorée par l’Eglise avec le titre honorifique de « Mère de Dieu ».

Il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui encore, l’image de Marie consolatrice, la Mère du Rédempteur, exerce une telle influence de piété, d’art et de culture à travers les âges. Le Da Vinci Code revendique l’aspect chétif de Marie-Madeleine comme celui de la femme qui a porté en elle le « Verbe » que le monde entier ne peut pas contenir.

Manque aussi dans le Da Vinci Code l’estimation véritable de l’Eglise quant à Marie-Madeleine. Loin d’essayer d’effacer le souvenir de son importance parmi les disciples, les quatre évangiles la conservent. Elle demeure parmi les femmes qui reçurent en premier l’annonce de la résurrection du Seigneur. Dans l’évangile de Saint Jean, elle est la première personne à rencontrer le Christ ressuscité. Il y a un tendre échange en les deux. Il la charge d’ « aller à la rencontre de mes frères et de leur dire : « Je vais à mon Père et votre Père, à mon Dieu et votre Dieu » », et Marie doit annoncer aux disciples « J’ai vu le Seigneur » (Jean, 20.17-18). La mémoire de Marie-Madeleine comme un disciple fidèle et important est clairement restée dans l’Eglise, ouverte et non cachée. En fait, elle est devenue l’un des saints les plus révérés et aimés.

Quant à la souillure supposée de sa mémoire en l’associant à la femme repentante qui a lavé les pieds de Christ avec ses larmes et les a séchés avec ses cheveux, cette association peut être une erreur d’interprétation biblique, mais elle ne constitue pas du tout une insulte. Chaque chrétien est appelé à se repentir de ses péchés. Et cette femme anonyme s’en repent glorieusement. Jesus la compare à l’hôte inhospitalier qui ne voulait apparemment pas de son pardon et ne semblait pas avoir besoin de lui. « Quand je suis entré chez vous, vous ne m’avez pas donné d’eau pour mes pieds, mais elle les a baignés avec ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m’avez pas donné de baiser, mais elle n’a cessé d’embrasser mes pieds depuis le moment où je suis entré. Alors je vous le dis, beaucoup de ses péchés ont été pardonnés; depuis, elle a montré un grand amour (Luc, 7.44-47)». Marie-Madeleine ou non, la repentance de cette femme nous a laissé un précieux trésor du profond changement de l’image de la pitié du Christ.

Comme pour le sexe, ce qui manque dans le Da Vinci Code est la conscience dans les rapports homme-femme, l’enseignement catholique maintient que le sexe est une sainte réalité. C’en est une sacramentelle qui reflète l’union du Christ et de l’Eglise. Cet enseignement pose le sexe comme un bien plus grand honneur que le rite de fertilité dans le roman. C’est lorsque la sexualité est mal utilisée et dénuée de ses bases que cela devient une source de péché. Ainsi, le roman présente une image sévèrement tronquée et déformée de l’enseignement de l’Eglise. D’aucun voudrait croire aujourd’hui que l’expérience a fait exploser le mythe que l’utilisation du sexe sans inhibition ni responsabilité morale apporte joie et satisfaction.

Enfin, ce qui manque au Da Vince Code est la réponse à une importante question. Pourquoi, si la révélation du stupéfiant secret du mariage de Jesus et Marie-Madeleine et leurs descendants bénéficiait à l’humanité, cela serait-il toujours gardé caché sans un groupe d’élites de célèbres et puissants qui ont le temps et les moyens d’engager des rites mystérieux dans des châteaux français ? Certainement, comme les temps modernes sont nés bien avant le troisième millénaire, il y avait des ères et des lieux dans lesquels le secret pourrait avoir été révélé sans risque. Mais le fait est réel : la chrétienté n’est pas basée sur un élitisme confiant en sa supériorité morale propre. A la différence de la société ultra-secrète du roman, le Prieuré de Sion, et à la différence de l’ancien gnosticisme, les mystères salvateurs du christianisme sont offerts à tous les hommes et femmes, de toutes races et conditions sociales. A travers l’histoire, les chrétiens ont désiré prêcher l’évangile malgré les persécutions et la mort possible – cela n’est pas un destin que nos hommes de l’ombre semblent savourer. Mais bien sûr, le zèle chrétien est de proclamer et d’inclure, et pas de garder secret et d’exclure.

Par-dessus tout, le Da Vinci Code manque la réalisation de la chrétienté qui a converti un empire païen, non pas en le tétanisant avec des secrets, mais en annonçant ouvertement la « bonne nouvelle » que « Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné Son fils unique, pour que celui qui croit en Lui ne puisse pas périr, mais ait la vie éternelle » (Jean, 3.16).

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